Le sacrifice d'une reine
Par BL Miller

 

 

Partie 2/5

 

 

Xena et Eponin étaient en tête, suivies de trois guerrières Amazones, se relayant pour pousser des cris de colombe et attendre une réponse. Eponin se faisait du souci pour Xena. Pas un seul mot n'était passé entre elles depuis des chandelles.

 

"Xena, tu sais que nous allons la retrouver."

"Je sais." La voix de Xena était neutre, ne trahissait aucune émotion. A l'intérieur, ses pensées tournaient en rond. 'Où es-tu, ma petite barde ? Es-tu blessée ? Je t'en prie, tiens bon, Gabrielle. Je t'en prie, tiens jusqu'à ce qu'on arrive.'

 

"On aurait dû apporter plus de nourriture." Eponin essayait d'engager la conversation, tout en sachant qu'elle allait probablement échouer. Elle connaissait trop bien la princesse guerrière et sa nature stoïque. Xena ne releva pas. Ses pensées n'étaient fixées que sur une chose, Gabrielle.

 

Gabrielle remit de l'ordre dans ses vêtements du mieux qu'elle put, puis rampa pour atteindre le chariot. Erika et Jors tendirent les bras et l'aidèrent à y monter. "Voilà, laisse-nous t'aider." dit Erika. Une fois à l'intérieur, elles la couchèrent sur le plancher. Erika lança un regard à Rikki. "Rikki, ne regarde pas." La jeune fille se détourna, les larmes coulaient à flots sur son visage. Les cris de sa reine résonnaient encore et encore dans son esprit. Jors inspecta la tête de la reine pour voir si la blessure était rouverte. Le sang séché et coagulé avait effectivement coulé à nouveau. Une trace fraîche cramoisie dégoulinait sur le côté de son visage. Arrachant un morceau de tissu de sa chemise, Erika le pressa contre la blessure de Gabrielle. "Elle va s'arrêter de saigner dans une minute. Elle n'est pas trop ouverte." Elle mentait. Elle nécessitait visiblement plusieurs points de suture, mais heureusement la plus grande partie de la plaie restait fermée à cause du sang séché, réduisant les pertes à un minimum.

 

"Merci." dit Gabrielle d'une voix rauque. Elle regarda Jors qui essayait de décider si elle devait chercher d'autres blessures. "Tout va bien, Jors. Il n'y a rien que tu puisses faire." La jeune Amazone hocha la tête tristement. Elle était assez âgée pour comprendre la signification des cris. "Aide-moi à me relever." haleta-t-elle. Rester sur le dos lui rappelait de trop mauvais souvenirs. Les filles les plus âgées l'aidèrent à s'asseoir sur le tas de foin. "Ils se sont endormis comme des masses. Si vous courez, vous pouvez atteindre la route."

 

"Ma Reine, nous ne pouvons pas te laisser ici et tu ne peux pas courir." protesta l'aînée. "Tu sais ce qu'ils te feraient s'ils se réveillaient et que nous ne soyons plus là."

"Vous devez le faire. S'ils se réveillent…" Elle repoussa cette idée. "Vous devez le faire, c'est tout." Erika en comprenait parfaitement les répercutions. Jors était occupée à essayer de calmer une Rikki hystérique.

"Jors et moi pouvons te por… attends, qu'est-ce que c'est ?" Elle entendit un cri de colombe. "Ma Reine, c'est une colombe." Avant que Gabrielle ne puisse l'en empêcher, elle se dirigea vers le fond du chariot et répondit par un cri de rossignol. Il revint, pour indiquer qu'il avait été entendu. "Gabrielle, elles nous ont trouvées." La barde essaya de se reprendre. Il n'y avait plus beaucoup de temps avant qu'elles n'arrivassent.

 

"Erika, Jors, venez ici." dit-elle d'une voix râpeuse. Les deux Amazones se rapprochèrent. "Quand les Amazones seront là, soyez prudentes. Trop de bruit pourrait alerter ces hommes-là. Assurez-vous que Rikki sorte en premier, ensuite vous deux. Je sortirai une fois que je serai sûre que vous êtes sauves, les filles." Gabrielle savait qu'elle n'était pas capable de parcourir cette distance, ni capable de rien. Un autre cri de colombe. Erika répondit avec le cri d'oiseau 'au secours'. Gabrielle la tira en arrière. Les regardant elle et Jors intensément, elle parla à nouveau. "Vous deux, vous savez ce qu'il s'est passé dehors." Les deux filles baissèrent les yeux et firent un triste signe de tête. "Je ne vous demande pas de mentir, mais je vous demande de respecter mon intimité. Si vous avez besoin d'en parler à quelqu'un, alors faites-le, mais demandez-leur de me respecter aussi."

"Oui, ma Reine." répondirent-elle à l'unisson. Gabrielle fit un signe de tête.

"Assurez-vous de l'aider." dit la barde, en indiquant la jeune fille qui pleurait doucement dans le coin. Gabrielle avait beau vouloir être forte et aider Rikki, elle ne le pouvait pas. Un autre cri d'oiseau, une autre réponse.

 

Xena et Eponin avaient exploré le périmètre du camp. L'Amazone indiqua aux autres d'encercler le chariot. C'était de là que venaient les cris d'oiseaux. Xena et Eponin attendirent que les Amazones fussent en position pour donner le signal. Aucun son ne venait des hommes, à part des ronflements.

 

Erika indiqua à Rikki de se rapprocher d'elle. La jeune fille tremblait maintenant de peur et continuait de pleurnicher. L'aînée des filles se pencha et murmura à l'oreille de Rikki. "Tu vois cette femme, là-bas ?" Elle indiquait une Amazone à peine visible dans les arbres. Rikki hocha la tête. "Je veux que tu coures vers elle. Elle te sortira d'ici et t'emmènera en lieu sûr. Nous serons juste derrière toi." La petite fille se remit à pleurer.

 

"Je ne peux pas. J'ai peur." pleurnicha-t-elle. Erika mit la main sur la bouche de la fille, effrayée que ses pleurs fussent entendus par les hommes.

"Il va falloir que tu la portes. Attends que la guerrière donne le signal, puis tu courras aussi vite que tu pourras." murmura Gabrielle. Erika hocha la tête. Jors se rapprocha du bord du chariot. "Sois prête à courir." croassa-t-elle. "Ne t'arrête pas avant d'être à l'abri."

 

Xena et Eponin regardèrent la grande fille porter la petite dans ses bras, courir vers les arbres et disparaître. Et de deux, encore deux. Un moment plus tard, elles virent une fille aux cheveux noirs sortir en courant. Il ne restait plus que Gabrielle.

 

Gabrielle se déplaça du mieux qu'elle put vers le bord du chariot et en descendit. Elle sentit ses jambes flageoler. Elle essaya de se rattraper au chariot, mais le manqua. La douleur entre ses jambes l'empêcha de retenir un cri de souffrance. Les Amazones sautèrent de leurs caches dans les arbres et se précipitèrent à la rescousse de leur reine. Le bruit avait réveillé au moins un des hommes qui hurlait à présent et donnait des coups de pieds dans les autres pour les réveiller. Gabrielle entre leurs mains, les Amazones seraient sans défense.

 

Xena et Eponin firent irruption dans le camp, l'Amazone courait l'épée haute en hurlant, détournant ainsi l'attention des autres. Xena fit un saut périlleux et atterrit au milieu de la bataille en hurlant son fameux cri de guerre.

"Xena !" dit Tynuis, la peur évidente dans sa voix.

"Bien, je suis contente que tu aies entendu parler de moi." grinça-t-elle en levant son épée vers lui. La bataille était commencée. Toujours ivre et légèrement sonné, il ne lui fallut que quelques coups pour tomber. Gronos et Largas étaient occupés avec Eponin. Xena se déplaça et engagea le combat avec Gronos.

"Ce n'est pas ton combat, guerrière." grinça Gronos.

"Tu as fait du mal à mon amie, ça en fait mon combat." répondit Xena en grondant et en lui faisant un croc-en-jambe. Elle cogna avec force, lui fauchant les jambes. Gronos roula rapidement, faisant des moulinets avec son épée, se déséquilibrant lui même. En quelques secondes, ce fut fini. Xena essuya son épée sur l'homme mort avant de la remettre au fourreau. Elle regarda Eponin faire de même. Largas gisait sur le sol, sans vie.

 

Les Amazones portèrent Gabrielle dans les bois, l'installant doucement sur le sol. La barde entendit le cri ayiyiyi de Xena. Ses pensées se partageaient entre la joie extatique de savoir que Xena était venue pour elle et l'effroi qu'elle apprît ce qui était arrivé. Elle lutta pour se mettre sur ses pieds, échouant misérablement.

 

Xena et Eponin se précipitèrent vers les autres Amazones. Gabrielle était allongée contre un arbre et faisait de son mieux pour ne pas pleurer. Xena vit la chevelure de miel maculée de sang séché et de terre. Elle courut à la barde et commença à rechercher d'autres blessures. "Es-tu blessée ailleurs ?" demanda Xena en passant ses mains sur les jambes et les bras de la barde. Gabrielle tendit le bras et arrêta les mains de la guerrière.

"Je vais bien, ma tête a été cognée un peu, c'est tout." dit-elle d'une voix rauque. La barde tenta de se mettre debout, mais les mains robustes de Xena la repoussèrent gentiment.

"Laisse-moi faire, Gabrielle." Elle prit délicatement la reine dans les bras et se mit debout sans difficulté.

"Merci, je suppose que je suis épuisée." Elle permit à Xena de la porter, nichant sa tête contre l'épaule robuste de la guerrière. Xena marchait avec précaution, remarquant avec attention que le moindre mouvement semblait faire mal à Gabrielle. Le corps de la barde tressaillait à chaque pas. Xena fit de son mieux pour maintenir une allure égale, s'inquiétant de la blessure à la tête qui semblait être plus grave qu'elle ne paraissait.

 

Xena tendit la barde à Eponin puis sauta d'un bond sur le cheval. Ce n'était pas Argo, il n'était pas entraîné à s'asseoir à la commande. Elle se pencha et reprit la reine. Elle commença à séparer les jambes de Gabrielle pour l'installer devant elle sur la selle.

"Non !" paniqua Gabrielle. "Euh… J'ai peur de tomber. J'ai la tête qui tourne un peu." Xena affermit sa prise sur la barde.

"Je ne te laisserai pas tomber, Gabrielle." dit-elle doucement, sans comprendre l'inquiétude de la barde.

"Xena, tu peux simplement me tenir dans tes bras, s'il te plaît ?" croassa-t-elle. Gabrielle raffermit sa prise sur le cou de Xena. La guerrière ne dit rien, mais prit délicatement la barde dans ses bras et lâcha les rênes. Eponin fit avancer son cheval et récupéra les rênes, ramenant le cheval de Xena au village. Les autres étaient en tête, il n'y avait pas de raison pour elles de garder les filles loin de chez elles plus longtemps.

 

Gabrielle faisait de son mieux pour ne pas pleurer de douleur, essayant de fixer ses pensées sur le corps puissant qui la tenait, la protégeait, empêchait qu'on lui fît encore du mal. A l'insu de Gabrielle, à chaque fois que celle-ci haletait de douleur, la guerrière sentait tous les muscles se crisper dans le corps de la barde. Xena fit de son mieux pour garder Gabrielle stable, tâche très difficile sur le dos d'un cheval.

 

Le temps qu'elles arrivassent au village, les filles étaient arrivées, avaient été plusieurs fois serrées, pressées dans les bras de mères et de tantes soulagées, vues par Sara la guérisseuse et envoyées à la maison pour manger et se reposer un peu. Deux Amazones se tenaient près d'une litière, prêtes à porter leur reine blessée à la hutte de la guérisseuse. Tout ce qu'on leur avait dit, c'était que leur jeune reine souffrait. Le portail passé, Xena balança un pied et glissa gracieusement à terre, la conteuse dans les bras. Les Amazones firent un mouvement avec la litière mais un regard de Xena les fit reculer. Elle porta Gabrielle tout au long du chemin vers la hutte de la guérisseuse, au centre du village.

 

Xena utilisa un vêtement mouillé pour enlever délicatement le sang et recousit d'une main experte l'entaille de la tête de Gabrielle. "Tu es recousue." dit Xena en écartant l'aiguille. Sara avait tenté d'examiner Gabrielle, mais Xena avait insisté pour que la barde ne fût soigné que par elle. Cela fournit une discussion plutôt vive entre les femmes, dans laquelle Xena fit des commentaires et des suggestions colorés sur la parenté de la guérisseuse et dans laquelle Sara menaça d'enfermer la non-Amazone pour avoir interféré dans ses tentatives d'examiner la reine des Amazones. A la fin, Ephiny revint sur sa décision et donna raison à la guerrière, s'attirant une kyrielle de remarques hurlées par Sara. "Gabrielle, tu es sûre que tu n'es pas blessée ailleurs ?"

 

"Juste mal à la gorge, c'est tout. Je dois certainement avoir besoin de repos."

"Tu veux dormir ici ?"

"Non. Xena, tu peux m'aider à aller au palais ? Je veux un bain chaud et un bon lit." Elle sentait toujours la semence visqueuse des hommes sur elle. Xena sourit à cette petite demande de confort.

"Je parie que tu aimerais un peu de nourriture aussi." la taquina-t-elle. Elle fut récompensée par un petit sourire de la barde.

"Peut-être un peu." Ce qu'elle voulait réellement, c'était plusieurs verres de vin fort pour engourdir son esprit et son corps.

Xena la porta au palais pendant qu'un grand nombre d'Amazones les surveillaient, acclamant leur reine héroïque pour avoir sauvé leurs enfants. Xena se pencha et murmura doucement à l'oreille de la reine. "Tu entends ça, Gabrielle ? C'est pour toi, ma petite barde. Tu es une héroïne pour elles… et pour moi. Tu as protégé ces fillettes jusqu'à ce que les secours arrivent. Elles et toi-même."

 

"J'ai fait ce que j'avais à faire." dit Gabrielle doucement, sa voix épuisée était trop basse pour que Xena pût en comprendre complètement le ton.

 

Une fois dans sa chambre, Xena la déposa sur le lit. "Je vais demander à la garde qu'elles envoient quelqu'un pour te préparer un bain.

 

"Je m'en suis déjà occupée, Xena." Ephiny apparut sur le seuil et jeta un regard à la barde. "Je t'ai commandé de la nourriture ainsi qu'un bain. Xena, tu veux me rejoindre dans la hutte-restaurant? Elles préparent une petite fête pour les sauveteuses des enfants. Elles comprennent bien que Gabrielle ne puisse pas venir. Erika leur a raconté qu'elle avait été frappée à la tête et qu'elle était très faible." En voyant la confusion de Xena à la mention du nom, elle ajouta. "C'est une des filles que Gabrielle a protégées." La guerrière hocha la tête en comprenant.

"Je vais revenir et je t'examinerai plus tard, à moins que tu ne veuilles que je reste ?"

"Non, vas-y. De plus, c'est en ton honneur, du moins en partie."

"Tu es sûre ?" demanda Xena. Elle avait espéré qu'elles pourraient s'asseoir et discuter de ce qu'il s'était passé dans la caverne. Apparemment, la barde n'était pas encore prête à en parler. La guerrière se tourna vers Ephiny. "Je ne veux pas être forcée à faire un discours, compris ?"

"Oh ouais, Xena, je comprends." dit Ephiny. Xena atteignit la porte.

"Xena ?"

"Oui, Gabrielle ?"

"Ne sois pas trop longue, d'accord ?" Il y avait une touche de peur dans sa voix. Xena avait entendu cette voix lui parler depuis assez longtemps pour associer l'émotion au ton de la voix. Elle se tourna vers Ephiny.

"Tu sais, je suis vraiment fatiguée de cette longue chevauchée. Je vais simplement rester ici et me détendre avec la reine. Tu présentes mes excuses et mes remerciements, tu veux ?"

"Bien sûr, Xena. Je vais faire envoyer plus de nourriture. Connaissant notre reine, ce ne sera pas du gâchis." Elle sortit. Gabrielle était assise sur le bord du lit, attendant impatiemment que le bain fût prêt.

 

Xena resta tranquille, incertaine sur ce dont la barde voulait discuter. Ce n'était pas le bon moment pour parler du message, n'est-ce pas ? Elle détestait avoir à commencer une conversation. "Gabrielle, comment te sens-tu ?" demanda-t-elle, espérant que la barde allait mener la discussion.

"Fatiguée, affamée, sale." Le dernier mot était dit d'une voix légèrement plus basse.

"Eh bien, la nourriture et le bain arrivent. Tu veux te reposer en attendant qu'ils soient là ?"

"Tu vas rester ? Tu me promets de ne pas partir ?" Réalisant que sa voix trahissait sa peur, elle essaya rapidement de se corriger. "Je veux dire, je ne veux pas m'endormir et rater le dîner." Elle se força à sourire.

"Ne t'inquiète pas, Gabrielle, je ne vais nulle part." Xena approcha une chaise du lit et s'assit.

Gabrielle roula sur le côté pour ne pas faire face à Xena. Elle ne voulait pas être sur le dos. Elle ferma les yeux et essaya de se reposer. Des images lui vinrent à l'esprit, se gravant au fer rouge à travers ses paupières fermées. Gronos la maintenant au sol, se frayant un chemin vers…

Elle ouvrit rapidement ses yeux et roula sur le côté pour s'assurer que Xena était toujours là. Elle y était, les yeux remplis d'inquiétude pour la barde. "Gabrielle, tu vas bien ?"

"Euh, ouais, ça va, Xena. Je suppose que mon esprit n'est pas prêt à se calmer après toute cette excitation, c'est tout." Elle se recoucha, mais en faisant face à Xena cette fois-ci. Elle ferma à moitié les yeux, gardant le corps de Xena dans son champ de vision, se concentrant sur les mains robustes qui l'avaient protégée tant de fois auparavant. En quelques instant, Gabrielle s'assoupit.

 

Xena l'observa, regardant le corps de la barde se soulever et se baisser à chaque respiration, les yeux bouger derrière les paupières closes. En passant la main sur quelque mèche rebelle étalée sur le visage de Gabrielle, Xena se demanda quelle sorte de rêves elle pouvait bien avoir. Les yeux bougeaient rapidement, les lèvres bougeaient doucement. Son corps se tordait, puis se calmait. On toqua à la porte.

 

Xena fit entrer la serveuse et lui fit silencieusement signe de déposer la nourriture sur la table. Une fois seule à nouveau, elle secoua gentiment l'épaule de Gabrielle. "Marmotte, c'est l'heure de manger." Gabrielle fit un bond et laissa échapper un petit cri, les yeux remplis de terreur. "Gabrielle!"

 

La voix de Xena l'arracha à son cauchemar. Les yeux de Xena étaient remplis d'inquiétude et de souci. "Désolée," marmonna-t-elle, "je suppose que je n'arrive pas à me reposer cette nuit."

"Eh bien, détends-toi. Je t'apporte à manger." Xena alla chercher le plateau de nourriture. Gabrielle essaya de s'asseoir bien droite, mais c'était bien trop inconfortable. Elle entassa les coussins derrière son dos et s'affala contre la tête du lit. Cela ne faisait plus si mal, bien que cela fût toujours douloureux. Elle bougea ses jambes et gémit légèrement. Xena revenait vers elle avec la nourriture et le remarqua. "Gabrielle, tu es sûre que tu n'es blessée nulle part ailleurs ?"

"Non." répondit Gabrielle d'un ton un peu trop forcé. "Je vais bien, Xena. Simplement fatiguée. Tu sais, ce n'est pas tous les jours que je me fais enlever. " Elle essayait d'en plaisanter, mais la guerrière n'était pas d'humeur à rire. Elle se faisait trop de souci pour l'état d'esprit de la barde.

"Ben, voilà le dîner." dit Xena en essayant de changer de sujet. Nerveusement, Gabrielle réalisa que Xena ne la laissait pas seule. "Xena, je peux prendre un bain toute seule. Vas-y et détends-toi."

"Tu es sûre, Gabrielle ? Je peux attendre si tu as besoin de moi."

"Non, je vais bien. Vas-y, je te verrai demain matin." Elle essaya d'avoir un ton enjoué, sans éveiller la suspicion.

"D'accord, ma petite barde, j'y vais." Xena se dirigea vers le seuil. "Gabrielle, quand tu seras prête à parler du message, je serai là." Gabrielle avait oublié le message et tout ce qu'il s'était passé. Elle ne put que hocher la tête.

 

Gabrielle se glissa avec précaution dans le bain, prenant de grandes inspirations quand l'eau chaude toucha la zone la plus douloureuse. Elle fit trempette un moment. Elle pensait aux implications de la présence de Xena. Elle est revenue pour moi, elle a lu le message et elle veut toujours que je sois auprès d'elle. Le cœur de Gabrielle se berçait doucement de ces implications, mais il se brisa en mille morceaux d'un coup. Avant le viol, elle aurait tout donné pour faire l'amour à la robuste guerrière et que Xena lui retourne cet amour. Maintenant, elle était sûre que l'amour physique ne serait plus pour elle. Plus personne ne pourrait plus jamais la toucher de cette façon. Elle laissa ses larmes couler sur son visage, dégouliner et se mêler à l'eau tiède du bain. Elle récura sa peau à fond, essayant de faire partir la sensation des hommes. Se laver entre les jambes n'était pas seulement la part la plus douloureuse du point de vue physique, mais aussi du point de vue émotionnel. Elle était complètement épuisée quand elle se releva de l'eau maintenant froide. Elle enfila une culotte propre et une chemise, puis s'installa au lit, laissant ses larmes et l'épuisement la porter vers un sommeil perturbé. Elle pria Artémis que les cauchemars qu'elle était sûre d'avoir ne réveillassent personne, et spécialement la guerrière de six pieds de la chambre d'à côté.

 

Le village tout entier bruissait du sauvetage héroïque des fillettes. Il fallut presque une chandelle à Xena et Gabrielle pour atteindre la hutte-restaurant. Toutes les personnes qu'elles croisaient voulaient les féliciter ou chanter leurs louanges. Gabrielle se força à sourire et se servit de sa plus belle voix de conteuse pour en faire le récit à celles qui voulaient l'entendre de première main. Xena remarqua que l'histoire était très courte et évitait tout ce qu'il s'était passé entre l'attaque sur la route et le sauvetage. Elle décida de questionner Gabrielle à ce sujet plus tard. C'était très inhabituel de la part de la talentueuse barde d'omettre quelque partie d'une histoire. La reine mangea peu au petit déjeuner, mais suffisamment pour que Xena n'en tirât pas de conclusions. A nouveau, elle n'essaya pas d'engager la conversation avec la guerrière, aidée en cela par les interruptions continuelles des admirateurs pendant leur repas.

 

Elles retournaient au palais quand une femme vint en courant vers elles. "Ma Reine, attends, s'il te plaît." cria la femme en se rapprochant. Gabrielle et Xena s'arrêtèrent pour l'attendre. "Je m'appelle Mikki, ma Reine. Je suis la mère de Jors. Je voulais te remercier personnellement d'avoir sauver la vie de ma fille."

"Je n'ai pas fait grand chose, Mikki. Ce sont Xena et les Amazones qui nous ont sauvées. J'ai juste essayé de les calmer jusqu'à ce que les véritables secours arrivent." Gabrielle tendit la main pour serrer celle de la mère reconnaissante. Xena écoutait l'échange. C'était la barde toute crachée de ne pas croire en son propre héroïsme.

"Je sais ce que tu as fait pour protéger ma fille, Reine Gabrielle." Mikki baissa la voix et prit un ton plus sérieux. Gabrielle se tendit, espérant que cette femme ne révélât pas son secret.

 

"J'ai fait ce que j'avais à faire, Mikki. Restons-en là." Elle dit ces mots doucement, mais refusa de la regarder dans les yeux. Mikki tendit le bras et caressa la joue de Gabrielle.

 

"Tu es une femme très courageuse, Gabrielle. Je te suis redevable à jamais, ainsi que Jors." L'Amazone soupira en regardant dans les yeux remplis de jeunesse de la reine. "Tu es si jeune, pas beaucoup plus vieille que ma Jors. Artémis te bénisse." Mikki fit un pas en arrière et regarda Xena. "Merci, Xena. Je te suis aussi redevable."

"De rien." répondit la stoïque guerrière. Il lui était toujours difficile d'accepter les compliments. Mikki lança un regard sérieux à Gabrielle avant de faire un signe de tête et de retourner vaquer à ses tâches quotidiennes. Gabrielle reprit sa route. Le long bain de la nuit précédente avait un peu apaisé la douleur et bien que la souffrance fût toujours présente, elle était capable de la cacher à Xena. Sa voix était plus forte, bien qu'encore un peu rauque et enrouée.

"Gabrielle, c'était quoi, tout ça ?" demanda Xena en entrant dans le palais.

"Tout quoi ?" répondit-elle, en sachant exactement ce dont Xena parlait.

"Tout ce que tu as fait pour la fille. Gabrielle, tu ne m'as toujours pas dit comment tu les avais trouvées ni ce qu'il s'était passé pendant que tu étais prisonnière."

"Il n'y a pas grand chose à dire, Xena." Elles s'approchèrent de la salle du trône. "J'ai du travail de parchemin à rattraper. Tu m'excuseras, n'est-ce pas ?" Elle se déplaça et mit la main sur la poignée de la porte.

"Bien sûr, Gabrielle. Je vais voir si quelqu'un peut me ramener Argo, puis je pense que je vais aller sur le terrain d'entraînement. Je suis sûre que quelqu'un voudra bien s'entraîner avec moi."

"N'envoie pas trop de mes Amazones dans la hutte de la guérisseuse, c'est tout." la taquina Gabrielle, arrachant une grimace de travers à sa compagne.

 

Xena passa la journée à s'entraîner avec les Amazones et à écouter les gens parler des améliorations qu'elles avaient faites au village depuis des lunes. Gabrielle passa la journée dans la salle du trône, alternant entre vomir et sangloter. Une fois qu'elle eut fermé la porte et ordonné qu'on ne la dérangeât pas, les événements des jours passés lui revinrent au galop, détruisant toutes ses défenses comme une vague détruit un petit radeau. Les yeux fermés, elle revoyait les hommes au-dessus d'elle, la couvrant d'injures, lui faisant mal. Les yeux ouverts, elle ne pouvait plus rien discerner à travers la rivière de ses pleurs.

 

Trois jours passèrent. Gabrielle évitait toute conversation sérieuse avec Xena, sauf pour dire qu'elle n'était pas encore prête à quitter le village et refusait de révéler le moindre détail sur l'enlèvement. Quoique que Xena ne supportât plus de rester au même endroit sans bouger, elle savait qu'elle ne pouvait pas partir sans sa Gabrielle. Elle remarqua amèrement aussi que la barde ne proposait pas de raconter ses histoires, alors que les Amazones étaient toujours un public enthousiaste et volontaire. Cela ne servit qu'à renforcer ses inquiétudes au sujet de la barde. Chaque nuit, alors que Xena était allongée dans son lit à réfléchir au message et à Gabrielle, elle avait entendu des murmures et des petits cris venir de la chambre voisine. Bien qu'elle voulût y aller et réconforter sa petite barde, quelque chose semblait la clouer au lit. Gabrielle n'avait pas parlé de cauchemars et Xena ne la forçait pas, tout en sachant qu'elle aurait dû. Ce n'était que parce que Gabrielle l'avait forcée à raconter ses propres cauchemars que la guerrière avait trouvé une sorte de paix avec ses démons. Xena remarqua amèrement aussi que la jeune femme n'avait écrit ni conte ni prose, ce qui était pourtant son rituel nocturne.

 

Argo avait été amenée le jour précédent, un peu plus grosse à cause des bons repas et du manque d'exercice. Xena décida d'aller à l'écurie, de bouchonner le destrier et de prendre du bon temps avec lui. Elle n'avait pas voulu espionner la conversation entre deux Amazones qui se tenaient en dehors de l'écurie, mais en entendant le nom de la reine, la guerrière arrêta le brossage et s'approcha de la porte pour écouter.

 

"J'ai été debout la moitié de la nuit avec Rikki. Les cauchemars ne paraissent pas prendre fin."

"Je sais ce que tu veux dire. Jors est une grande fille, mais même elle se réveille en criant à l'aide." répondit Mikki.

"C'est si difficile. Rikki n'a que onze étés. Elle ne comprend pas. Elle continue de me demander pourquoi la Reine Gabrielle criait autant. Que suis-je supposée lui dire ?"

"Elle est trop jeune pour la vérité, Maris. Jors est plus jeune que la reine de quelques étés seulement. Je ne crois pas que je pourrais supporter de penser que cela arrive à ma fille."

"Combien étaient-ils ?"

"Trois, et d'après ce que disait Jors, ils se relayaient."

"Oh, la pauvre enfant !" s'exclama Maris. Xena se tenait debout, en état de choc, prenant petit à petit conscience de la signification de la conversation. Son corps trembla lorsque les émotions la submergèrent. S'écroulant sur le sol recouvert de foin, elle enfouit la tête dans ses bras et se mit à sangloter comme jamais auparavant.

 

"Oh par les dieux, non, pas Gabrielle." pleurait-elle encore et encore. Maris et Mikki entendirent les cris étranglés et pénétrèrent dans l'écurie.

"Oh mes dieux, Xena. Je ne savais pas que tu étais là." dit Mikki doucement, en jetant à Maris un regard coupable. Xena prit de longues inspirations et lutta pour regagner son contrôle. Elle se redressa de toute sa hauteur, essuya ses yeux et sortit de l'écurie sans jeter un regard sur les deux visages atterrés.

 

Xena se tint devant la porte de la chambre de Gabrielle, essayant de trouver le courage d'entrer. Le temps passait et elle n'arrivait pas à atteindre la poignée de la porte. Elle finit par se détourner et sortit en tempête du palais, se dirigeant vers le temple Artémis. Sa colère et sa rage avaient atteint leur maximum lorsqu'elle arriva à la structure de pierre.

 

 

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Suite dans la Partie 3/5

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